Le “casse du siècle”

La ville de Ciudad del Este, située sur les bords du fleuve Paraná, sur la triple frontière séparant le Paraguay du Brésil tout proche et de l’Argentine voisine, vient d’être le théâtre d’un casse pour le moins impressionnant. Vers minuit et quart, ce lundi 24 avril, une colonne d’une dizaine de véhicules transportant plusieurs dizaines d’hommes a pris d’assaut les locaux de l’entreprise de fonds Prosegur. Armés de fusils d’assaut, de fusils anti-matériel et d’explosifs, ces derniers ont fait sauter l’enceinte des locaux avant de se répandre à l’intérieur pour en vider les coffres. Un policier gardant les lieux a été assassiné. Pendant ce temps, quelques dizaines de complices ont procédé à établir un cordon de sécurité en incendiant des véhicules un peu partout en ville. Une fois leur forfait accompli, les bandits ont repassé la frontière au niveau de Foz de Iguaçu. Un petit groupe a alors été intercepté par les forces de sécurité brésiliennes qui ont abattu 3 de ses membres et en ont capturé une demi-douzaine. L’attaque a été qualifiée de “casse du siècle” par les médias qui ont évoqué un butin de quelque 30 millions de dollars. Il semblerait en réalité que la somme dérobée soit bien moins importante, mais l’ampleur de l’attaque et son caractère transnational ont clairement marqué les esprits.

L’oeuvre du PCC ?

D’après les autorités paraguayennes comme brésiliennes, le casse serait le fait du Primeiro Comando da Capital (PCC), groupe criminel brésilien bien connu dont nous avons déjà parlé sur ces pages en février dernier à l’occasion d’un article concernant la guerre qui l’oppose au Comando Vermeilho : dominant le monde criminel brésilien, notamment à travers les prisons, les deux groupes se disputent le contrôle du trafic de drogues et d’armes ainsi que de l’univers délinquant dans le pays.

mariano luis tardelli
Mariano Luis Tardelli capturé

Le casse de Ciudad del Este s’inscrit par ailleurs dans une série d’opérations du même ordre qui ont eu lieu au Brésil ou ailleurs ces derniers temps, même si parfois de moindre ampleur. En février dernier, une attaque contre un local de la Brinks à Recife (Pernambouc, Brésil), a permis aux bandits de mettre la main sur 20 millions de dollars, se voyant déjà attribué le qualificatif de “casse du siècle”. En mars, dans le Sud-Est bolivien qui borde le Brésil, l’attaque d’un fourgon de la Brinks  sur la route bi-océanique a également défrayé la chronique. Après une chasse à l’homme de quelques jours, les autorités boliviennes ont finalement capturé Mariano Luis Tardelli. Présenté comme un membre important du PCC, ce qui n’est vraisemblablement pas le cas, le suspect brésilien avait en tout cas établi ses quartiers dans la région où il posait en bienfaiteur d’une communauté bolivienne locale. L’argent du casse, un peu plus d’un million de dollars, n’a pas été retrouvé, ce qui n’a pas manqué de susciter des commentaires sarcastiques à l’encontre des forces de sécurité boliviennes. Toujours est-il que la vaste et inaccessible région incluant la Bolivie, le Brésil, le Paraguay et dans une moindre mesure l’Argentine apparaît de plus en plus comme une zone de non-droit.

Ciudad del Este et au-delà

ciudad del este
Ciudad del Este

Si cette réputation de Far West -ou East en réalité- n’est pas nouvelle, les récents événements, auxquels s’ajoutent par ailleurs nombre d’autres faits-divers et règlements de comptes, ne font que la confirmer. Son contrôle est disputé entre diverses bandes criminelles, brésiliennes avant tout, car il s’agit d’une zone stratégique pour le trafic de drogues (cocaïne bolivienne ou d’autres origines) et d’armes, à destination du marché intérieur brésilien ou pour exportation postérieure, vers l’Afrique ou l’Europe par exemple. En dehors du PCC ou du Comando Vermelho, structures de taille nationale, l’un des groupes criminels les plus puissants de la région est contrôlé par le fugitif brésilien Adair José Belo, 46 ans, ancien membre de la police militaire. Celui-ci est justement basé à Ciudad del Este, zone franche officielle mais surtout plaque-tournante principale des nombreuses activités criminelles de la région, ainsi que centre de blanchiment important.

D’après les autorités des pays voisins comme des Etats-Unis, Ciudad del Este serait également une base d’opérations permanente de groupes terroristes comme le Hezbollah ou le Hamas, même si les informations à ce propos sont à prendre avec précaution.


 Sources photos : 1, 2, 3

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