Kevins medellin
L’ex-Kevin’s à Medellín

Les autorités colombiennes viennent de confirmer la mort de José Antonio Ocampo Obando, plus connu sous le surnom de Pelusa, assassiné par un sicario à Medellín ce 22 avril. Membre d’une bonne famille, entrepreneur à succès, il était surtout connu pour avoir été le propriétaire en titre de la fameuse discothèque Kevin’s : pour mémoire, celle-ci a été durant les années 1980 le haut lieu de la nuit dans la capitale de l’Antioquia et à ce titre, l’un des points de rencontre favoris des capos du narcotrafic de l’époque. C’est là que Pablo Escobar et les autres membres du dit Cartel de Medellín ont organisé nombre de célébrations et de fêtes ou tenu des réunions d’affaires importantes. Pour l’anecdote, c’est aussi en sortant du Kevin’s, après une soirée bien arrosée avec Escobar, qu’Otto, ami de jeunesse et sicario du premier cercle, a eu un accident de voiture qui lui a coûté un oeil.

Pelusa n’a probablement jamais été un narcotrafiquant en soi, même s’il s’est probablement fait “annoter” sur certains envois de drogues. Ce qui est sûr par contre, c’est qu’il a été un des associés de confiance des capos, notamment d’Escobar, et leur a servi de prête-nom et de blanchisseur. De là en tout cas, sa fortune importante et les multiples propriétés à son nom, à Medellín mais aussi ailleurs dans le pays comme par exemple dans le Cordoba, place stratégique du narcotrafic à partir du milieu des années 1980. En 1989, cette proximité lui a valu des ennuis avec les autorités, en deux occasions, au moment où a débuté la guerre d’Escobar contre l’Etat. Toutefois, à l’instar de nombreux entrepreneurs de bonne famille liés au Patron, il a vite pris ses distances par la suite, se rapprochant même du Cartel rival de Cali. Pendant quelque temps, les autorités colombiennes l’ont même cru mort, ajoutant son nom à la liste des victimes de la purge brutale décrétée à la mi-1992 par Escobar alors qu’il se trouvait dans sa prison dorée de La Catedral : méfiant, Pelusa avait en fait pris soin de se mettre au vert et n’est réapparu qu’après la mort d’Escobar en décembre 1993.

A partir de là, il a adopté un profil beaucoup plus discret, continuant à gérer ses multiples affaires. Ce n’est qu’au cours des années 2000 qu’on a reparlé de lui lorsque la justice s’est intéressée à l’argent sale et aux propriétés détenues par des prêtes-noms de leaders narco-paramilitaires comme Daniel Rendón Herrera, dit Don Mario. Inquiété par la justice, Pelusa a réussi à passer entre les mailles du filet, comme à son habitude. A 79 ans, il vient en tout cas d’être assassiné et avec lui, c’est l’un des témoins-clés de plus de trente ans de narcotrafic à Medellín qui disparaît.

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