Les autorités colombiennes viennent d’annoncer l’arrestation de Nicolás Escobar Urquijo : pour l’heure, on ne sait encore rien des faits exacts qui lui sont reprochés, si ce n’est qu’il était recherché par la police colombienne et par Interpol pour vol aggravé. Né en 1970, fils de Roberto Escobar dit El Osito, –ce qui par conséquent fait de lui le neveu de Pablo Escobar- l’homme n’a jamais été considéré, du moins officiellement, comme un narcotrafiquant : il n’était connu que pour ses vaines batailles légales afin de conserver certaines propriétés familiales que la Justice colombienne a saisi, considérant qu’elles avaient été acquises avec l’argent du trafic.

L’enlèvement

On notera que son père lui-même, Osito, n’est entré dans le trafic que tardivement, après que son frère Pablo lui a confié la gestion d’une “route” de la cocaïne. Nicolás Escobar a tout de même fait parler de lui en mai 1993, lorsqu’il a été enlevé à Medellín, alors qu’une formidable coalition composée notamment par l’Etat colombien, le Cartel de Cali et les Etats-Unis, traquait inlassablement Pablo Escobar. L’enlèvement aurait été l’oeuvre des Pepes, acronyme de “Persécutés par Pablo Escobar”. Ce groupe d’anciens membres du Cartel de Medellín ayant tourné casaque était mené par les frères Fidel et Carlos Castaño, paramilitaires bien connus, et travaillaient alors en étroite collaboration avec le fameux Bloque de Busqueda de lapolice pour en finir avec le “Patron”, en cavale depuis l’année précédente. Cet enlèvement aurait bien sûr eu pour but de forcer Escobar à se rendre, ou du moins à se montrer, afin de pouvoir l’éliminer. Le résultat a cependant été contraire aux attentes puisque Escobar a vite réagi très vite et grâce à menaces très précises contre les proches des ravisseurs, obtenu la prompte libération de son neveu. Alors que les membres de sa famille devenaient clairement des objectifs prioritaires pour ceux qui le traquaient, Escobar a tenté dans les mois suivants de faire partir ces derniers à l’étranger. C’est ainsi que Nicolás Escobar, sa mère et d’autres proches du parrain ont tenté de trouver refuge au Chili, d’où ils ont été rapidement expulsés, essentiellement sous pression américaine, alors même qu’aucune mesure légale ne pesait contre eux. Par la suite, Pablo Escobar a aussi tenté de mettre sa propre famille à l’abri en RFA, aventure qui s’est aussi terminée par un rapatriement forcé en Colombie. Comme on le sait, ces multiples menaces, tentatives d’assassinats et pressions sur les proches d’Escobar ont joué un rôle certain dans la chute de celui-ci, qui pris à la gorge, a fini par tomber en décembre 1993.

Le corps de Chepe Santacruz

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Chepe Santacruz, 1995

Quelques années plus tard, Nicolás Escobar a de nouveau fait parler de lui lorsqu’il s’est chargé de récupérer auprès de la morgue de Medellín le cadavre criblé de balles de l’un des leaders historiques du Cartel de Cali, José Santacruz Londoño, abattu en mars 1996. Officiellement, celui-ci est tombé sous les balles de la police qui a revendiqué son élimination. On sait maintenant qu’il a été victime du paramilitaire Carlos Castaño et d’anciens membres du Cartel de Cali, alors en rupture avec celui-ci et sur le point de fonder ce que l’on connaîtra plus tard comme le Cartel del Norte del Valle. Les tueurs auraient liquidé le parrain après l’avoir capturé et torturé, préférant offrir à la police colombienne les mérites de cette élimination. Toujours est-il que le rôle d’intermédiaire joué par Nicolás Escobar pour réclamer le corps et le faire parvenir à Cali a alors surpris : il semble en fait que le geste ait été une manière d’obtenir les bonnes grâces des anciens rivaux de la famille, alors même que pesait encore sur son père emprisonné une condamnation à mort prononcé par ceux de Cali.

Les accusations de Juan Pablo Escobar

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Le livre du fils de Pablo Escobar

On notera que c’est le fait d’avoir miraculeusement survécu à son enlèvement ainsi que sa participation à la récupération du corps de Santacruz qui ont conduit le fils de Pablo Escobar, Juan Pablo, a affirmé dans un livre fort publicisé publié en novembre 2014 que son père aurait été trahi par les siens. D’après lui, son oncle Roberto, père de Nicolás, qui s’est rendu aux autorités en octobre 1992, aurait vendu son frère, pour protéger les siens et notamment obtenir la libération de son fils Nicolás. Ces accusations se fondent en particulier sur les relations que Roberto aurait établi avec la DEA américaine en prison et dont Juan Pablo aurait eu la preuve formelle, juste après l’attentat dont son oncle a été victime en décembre 1933, deux semaines après l’élimination de Pablo. Alors que Juan Pablo lui rendait à l’hôpital, Osito, qui s’inquiétait pour la vie de la femme de Pablo et de ses enfants, lui aurait donné un numéro de téléphone de la DEA, afin de négocier avec ces derniers quelque protection.

Comme nous l’avions déjà évoqué dans un article de la page Facebook consacré à notre ouvrage Pablo Escobar, trafiquant de cocaïne, cette thèse est douteuse à plus d’un titre : il n’a rien d’extraordinaire à ce que la DEA ait contacté Roberto Escobar alors qu’il se trouvait en prison. C’est en fait la nécessité de maintenir un contact direct avec les autorités américaines qui a en grande partie motivé sa reddition, effectuée avec l’aval de Pablo. Sans surprise, les Américains ont en tout cas fait pression sur lui pour qu’il livre des informations permettant de localiser son frère. Mais rien n’indique qu’il y ait cédé, ne serait-ce que parce qu’il n’a jamais su où ce dernier se cachait. Ajoutons à cela que l’attentat dont Roberto a été victime peu après la mort de Pablo, et qui l’a laissé bien mal en point, semble contredire toute collaboration. Par contre, il est probable que ce soit cet attentat qui ait motivé une collaboration postérieure avec la DEA et portant sur les contacts d’Escobar ou les routes employées pour le trafic. Cette collaboration, cette fois-ci avérée, a finalement conduit à la libération de Roberto après quelques années et à son départ aux Etats-Unis, en compagnie de sa famille. On notera lorsque eux-mêmes ont sollicité la protection des Américains, seuls à pouvoir garantir leur vie, l’épouse et les enfants de Pablo Escobar n’ont logiquement pas eu la même chance. Après tout, maintenus strictement en dehors des activités narcotrafiquantes par leur père, ils n’avaient rien à offrir en échange… C’est ce qui a conduit la femme d’escobar a prendre elle-même les choses en main et à négocier la survie de sa progéniture en échange d’une forte somme, de biens et propriétés d’Escobar et d’un exil forcé en Argentine où ils sont restés près de 20 ans.

Très jeune au moment des faits, étranger aux affaires de son père et ayant vécu très longtemps à Buenos Aires, Juan Pablo Escobar n’est donc pas le mieux informé pour savoir ce qui a pu conduire à la chute de son père. Peut-être aussi se sent-il coupable que ce dernier ait été localisé alors qu’ils conversaient tous les deux au téléphone. Or c’est bien ce coup de téléphone qui a causé la perte de Pablo Escobar, un coup de téléphone bien trop long, alors même que le parrain savait pertinemment être sur écoute… A cela, il faut sûrement ajouter le ressentiment d’un fils qui a perdu son père et vécu des années dans la terreur d’être victime de la vendetta d’autres narcos, alors que le reste de la famille ne s’en est finalement pas si mal sortie, aux Etats-Unis ou en Colombie, vivant sur la fortune laissée par Pablo Escobar.

 


Illustration : Roberto Escobar et son fils Nicolás.
Autres Photos : 1, 2.

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