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El Taliban [photo du Blog del Narco]
L’opinion publique mexicaine s’est depuis longtemps lassée des communiqués des autorités annonçant l’arrestation ou la neutralisation de membres du crime organisé, en général d’importance très limitée mais dont la neutralisation est souvent présentée comme un coup fatal porté aux organisations criminelles. Dans le cas qui nous concerne, pour une fois, il s’agit bien de personnages de premier plan, du moins présentant une certaine importance dans l’univers très touffu de la pègre locale : en effet, les autorités viennent de confirmer la mort, samedi 30 octobre, de René Velásquez dit El Sargento Phoenix [le sergent Phoenix], El Gato Negro [Le Chat Noir] mais plus connu sous le surnom d’El Taliban, lors d’un affrontement avec une unité de l’armée à Culiacán (Sinaloa). L’homme était considéré comme le numéro 2 du groupe Los Antrax. Deux hommes qui l’accompagnaient ont également été tués. Le leader présumé de l’organisation, José Carlos López Alanis dit El Cali aurait pour sa part été grièvement blessé lors de l’opération et se trouverait actuellement sous traitement intensif dans un hôpital de la ville, sous surveillance étroite de l’armée.

Los Antrax et le Cartel de Sinaloa

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El Mayo Zambada

Los Antrax sont un groupe de sicarios bien connus et basés à Culiacán, fief historique du narcotrafic mexicain. Le groupe a été fondé en 2008 à l’initiative d’Ismael Zambada García dit El Mayo. Né en 1948, moins connu en dehors du Mexique qu’El Chapo Guzmán, celui-ci n’en est pas moins une des figures historiques du Cartel de Sinaloa et certainement son leader le plus influent. En 2008, alors qu’une violente guerre interne du Cartel opposait El Mayo et El Chapo au clan Beltrán Leyva, le premier a décidé de confier la protection de ses enfants et héritiers à un jeune loup du Cartel nommé José Rodrigo Aréchiga Gamboa, dit El Chino Antrax.

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El Chino Antrax sur Instagram

La bande formée par Aréchiga et qui a vite adopté son surnom s’est alors fait connaître non seulement pour l’efficacité brutale avec laquelle elle s’est acquittée de sa mission mais aussi pour le caractère haut en couleurs et l’extravagance de ses membres, particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, où ils faisaient étalage de leur puissance ainsi que de leur fortune. Ceci leur a d’ailleurs valu de se voir dédier nombre de narcocorridos, chantés par les célébrités du genre, comme par exemple Lenin Ramírez pour ce qui est d’El Chino ou Larry Hernández pour El Taliban [voir notre article sur les narcocorridos].Toutefois, si les ennemis d’El Mayo et de ses fils ont été gardés à distance, cela n’a pas empêché l’essentiel de la progéniture de tomber progressivement sous les coups des autorités, même si El Mayo lui-même reste pour l’heure l’un des maîtres du narcotrafic national. El Chino Antrax a quant à lui été arrêté aux Pays-Bas en 2013 et promptement extradé aux Etats-Unis l’année suivante. Depuis, Los Antrax étaient apparemment passés sous la direction d’El Cali et d’El Taliban, assurant d’un main de fer le contrôle du Cartel de Sinaloa sur la place stratégique de Culiacán.

Culiacán en guerre

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L’embuscade de septembre 2016 à Culiacán

Selon les autorités, l’affrontement de samedi dernier serait le fait d’une rencontre fortuite entre une colonne de véhicules des Antrax et une patrouille militaire. On peut en douter : depuis la mort de cinq soldats lors d’une embuscade à Culiacán, en septembre dernier, lors d’une opération visant à libérer un membre du Cartel de Sinaloa précédemment capturé, la présence militaire dans la zone s’est considérablement accrue, notamment à travers l’envoi sur place de membres de l’ex-GAFE, les forces spéciales de l’armée de terre. Rien ne permet d’affirmer pour l’heure que Los Antrax aient été liés à l’embuscade, mais ceci n’est évidemment pas à exclure.

Certains sources locales évoquent quant à elle la possibilité d’une opération militaire non pas dirigée contre Los Antrax en soi mais destinée à capturer une personnalité importante du Cartel, laquelle aurait donc réussi à s’échapper dans l’un des nombreux véhicules qui ont fui au cours de l’affrontement. Comme toujours, il faut donc faire preuve de beaucoup de prudence pour juger de l’incident. On rappellera que celui-ci s’inscrit dans un contexte de guerre intestine au sein du Cartel de Sinaloa, ainsi que d’un apparent retour sur le devant de la scène du clan Beltrán Leyva, qui fut longtemps associé au Cartel avant d’en devenir un ennemi juré.

Sources photos 1, 2, 3, 4, 5.

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