De temps à autres, AMLAT s’autorise quelques pages consacrées à la culture, même si quelque part, les thèmes que nous traitons habituellement, ceux liés à la violence sous toutes ses formes, à la politique illustrent aussi la culture latino-américaine. Cette fois-ci, faisons un petit détour par l’Espagne, et plus précisément par l’Andalousie, pour parler du “Duende“, avant bien sûr de revenir par un chemin détourné vers l’Amérique latine.

Le Duende fait partie de l’imaginaire du Flamenco. Son existence a été révélée au grand jour par Federico García Lorca, lors d’une série de conférences prononcées en Amérique latine au début des années 1930 et connues sous le nom Toería y juego del Duende. Littéralement, les Français traduisent le terme duende par “lutin”. Toutefois, plus que le petit être facétieux que le terme évoque pour nous, le duende du Flamenco est une sorte d’esprit que l’Académie Royale Espagnole, la RAE, désigne comme un “charme mystérieux et indicible” : c’est celui qui habite les danseurs de Flamenco, les musiciens, mais aussi les artistes en général ou encore les toreros lorsqu’ils semblent possédés par la grâce lors de leur interprétation. On dit alors qu’il ou elle “a le duende” ou “est accompagné” par lui. L’étymologie nous explique d’ailleurs que duende vient de “dueño de casa“, le maître de maison. Ce n’est donc pas une question de talent, mais plutôt de maîtrise, d’ailleurs éphémère et constamment remise en jeu.

Le duende séduit et saisit l’auditoire : festif et féerique à la fois, il est, selon García Lorca, “l’esprit caché de la douleur espagnole“, chargé d’érotisme autant que de violence. C’est d’ailleurs dans le texte de sa conférence, que l’on pourra consulter ici, qu’il prononce sa célèbre phrase : “L’Espagne est le seul pays au monde où la mort est un spectacle national.” Vu l’influence qu’a eu l’Espagne sur l’Amérique latine, on pourrait cependant étendre à cette dernière le commentaire, même si bien sûr la violence et la mort spectaculaires, contrairement à ce que l’on entend parfois, existaient sur le continent bien avant la Conquête. Mais il est vrai que dans cette violence et cette douleur qui semblent si particulières à l’Amérique latine, il y a probablement quelque influence ibérique, en tout cas en ce qui concerne la forme et l’expression. On  pense notamment à l’exemple suivant : en juillet 1946, alors qu’une foule déchaînée venait de pendre les cadavres martyrisés du président Gualberto Villarroel et de ses hommes de confiance aux réverbères de la place Murillo, à La Paz, en Bolivie, le poète chilien Pablo Neruda avait félicité ses camarades communistes ayant appuyé la révolte par cette phrase terrifiante : “Cette journée a été glorieusement espagnole !“.

Toujours est-il que le duende a certainement traversé l’Atlantique, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs. Par chance, pour ceux et celles qui souhaiteraient l’approcher de plus près, le duende sera présent à Paris et en banlieue en fin de semaine, décliné par les deux grands maîtres de la culture latino-américaine que sont les Boliviens Marco Malavia, acteur et dramaturge et Piraí Vaca, guitariste virtuose que l’on ne présente plus. Inspiré par le texte de García Lorca, les deux artistes vont donner, comme ils l’avaient déjà fait au printemps, deux nouvelles représentations de leur pièce El Duende : les représentations auront lieu les 15 et 16 octobre prochains, au théâtre El Duende justement, 23 rue Hoche, à Ivry-sur-Seine, à 20h30 et 18h30 respectivement. S’ajoute à cela un concert de guitare du maître Piraí Vaca, le vendredi 14 octobre à 20 heures, à La Maison de Mai, 27 rue de Chabrol, dans le Xème à Paris.

Evidemment, AMLAT ne saurait que trop conseiller d’assister à l’un comme à l’autre, tant il s’agit d’événements rares, à ne manquer sous aucun prétexte !

 

 

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