Émotion au Mexique avec l’assassinat de deux prêtres dans le Veracruz, abattus après avoir été enlevés et torturés.

Lundi dernier, les corps d’Alejo Nabor Jiménez, prêtre de 50 ans, et de son collègue José Alfredo Suárez, 28 ans et récemment ordonné, ont été retrouvés sur le bord d’une route, dans la région de Poza Rica (Veracruz), où ils officiaient. Plus tôt dans la journée, ils avaient été enlevés par des hommes qu’ils semblaient connaître. Torturés, ils ont été abattus quelques heures plus tard par leurs ravisseurs.

L’assassinat du Cardinal Posada

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Le cardinal Posada assassiné

Outre l’émotion suscitée par ce double assassinat, ce tragique événement rappelle le prix payé par les religieux dans la violence qui agite le Mexique depuis au moins deux décennies. Le cas le plus connu est bien sûr celui du cardinal Juan Jesús Posada Ocampo, assassiné en mai 1993 à l’aéroport de Guadalajara (Jalisco), alors qu’il venait y recevoir le Nonce Apostolique. L’enchaînement des faits reste confus, encore à l’heure actuelle mais on s’accorde à dire que le cardinal a été victime d’une malheureuse confusion. En effet, le narcotrafiquant Joaquín Guzmán Loera, plus connu sous le nom d’El Chapo, se trouvait alors sur les lieux, attendant un avion. Sa présence aurait été dénoncée à ses rivaux du clan Arellano Félix, lesquels ont en tout cas envoyé une équipe de sicarios pour l’abattre. Or ces derniers auraient pensé que l’automobile de marque du Cardinal était celle du capo et l’auraient donc criblée de balles.

Des cibles privilégiées ?

Toujours est-il que si la mort du Cardinal Posada semble bien avoir été une bavure, ces derniers temps, les assassinats de religieux ne sont pas le fruit du hasard. Considérés comme des notables et à tort ou à raison, comme dotés d’une certaine fortune, les religieux sont au même titre que les autres victimes de nombreuses tentatives d’extorsion, souvent suivies d’assassinats. De plus, si certains, à tous les niveaux, s’accommodent de la violence et du crime, voire dans certains cas, profitent des largesses de grands criminels et trafiquants -qui en général professent un Catholicisme fervent et aiment à financer les oeuvres de l’Eglise-, d’autres adoptent des positions plus risquées : ils condamnent la violence, le crime, mettent en garde la jeunesse de s’y adonner ou encore organisent des centres de réinsertion pour personnes délinquantes, prostituées ou droguées. De même, certains membres de l’Eglise catholique jouent un rôle majeur dans l’accueil des migrants, venus d’Amérique centrale et d’ailleurs. Or la traite humaine fait comme on le sait partie intégrante des activités des organisations criminelles. Ce sont autant de raisons qui font que ces dernières considèrent l’activité de certains religieux comme contraire à leurs intérêts, ce qui évidemment, passées les premières menaces, conduit souvent à des mesures plus radicales…

Une tendance à la hausse

Sur le nombre exact de religieux tués, les sources divergent : on parle d’au moins 55 assassinés depuis 1990, tous mobiles confondus, avant tout dans le Guerrero, à Ciudad de México et comme dans le cas présent, dans le Veracruz. Toutefois, comme le signale très justement le site Bordland Beat -à travers certains cas précis-, la comptabilité de ces assassinats pose problème : en effet, les disparus ne sont pas pris en compte par les statistiques officielles, au niveau local comme national et de nombreux cas ne sont pas signalés, avant tout pour ne pas alourdir les statistiques. Ce commentaire pourrait bien sûr s’étendre à l’ensemble des statistiques criminelles du pays. Enfin, il existe des doutes quant à la comptabilité des crimes commis contre des membres d’autres Eglises, même s’il est certain que les Catholiques constituent l’essentiel des victimes.

Tout le monde s’accorde à dire en tout cas que les assassinats de religieux deviennent de plus en plus fréquents, faisant du pays, depuis plus années, l’endroit le plus dangereux du monde à ce titre, hors contexte de guerre officielle bien entendu.

En soi, replacés dans le contexte tragique que vit le Mexique, les assassinats de religieux pourraient passer, froidement dit bien sûr, pour quantité négligeable. Mais en dehors de la dimension humaine, le phénomène illustre bien l’effondrement du système de valeurs que vit le pays ; notamment de celui de l’univers criminel qui, aussi contestable soit-il -et malléable en fonction des circonstances-, considérait il y a encore peu de temps les religieux comme des personnalités intouchables. L’atomisation du monde criminel, la multiplication des organisations locales sans aucun contrôle, qu’il soit interne à la pègre ou le fait des autorités, et la radicalisation de ses membres sont bien sûr en cause. L’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de ces crimes est à prendre en compte, même si l’émotion soulevée par l’assassinat des deux prêtres du Veracruz devrait normalement conduire à une enquête plus poussée des autorités.


Source Photos 1, 2

 

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