Fin 2015-début 2016, la police colombienne a été secouée par un scandale majeur du fait de révélations concernant l’existence d’un réseau de prostitution masculine organisé par des officiers supérieurs au sein de l’institution, cela depuis les années 2000.

“La communauté de l’anneau”

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Le capitaine Anyelo Palacios, témoin-clé de l’affaire

En clair, des cadets de l’Ecole de Police étaient mis à disposition d’officiers supérieurs mais aussi de membres du Congrès, le tout en échange de fortes sommes d’argent et surtout de coups de pouce et autres avantages pour la carrière des organisateurs du réseau. Ces accusations, portées par des médias comme La F.m. et confortées par les témoignages de nombreux anciens cadets, ont donné lui à l’ouverture de différentes enquêtes qui sont encore en cours à l’heure actuelle. L’une d’entre elles s’intéresse par ailleurs à la mort suspecte, en janvier, d’une cadette ayant découvert et dénoncé l’existence du réseau.

Dans l’attente de conclusions judiciaires, le scandale, surnommé par la presse l’affaire de la “Communauté de l’anneau”, a toutefois conduit à la démission en février dernier du vice-ministre de l’intérieur Carlos Ferro -apparemment client du réseau- ainsi que du commandant de la police nationale, le général Rodolfo Palomino, accusé de supervision et de protection du réseau, d’écoutes illégales sur les journalistes ayant révélé l’affaire, ainsi que d’enrichissement illicite. Ce dernier nie cependant toute responsabilité dans l’affaire.

Le général Jorge Hernando Nieto

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Le général Jorge Hernando Nieto Rojas

La démission du général Palomino a été suivie de la désignation, pour le remplacer à le tête de la police, du général Jorge Hernando Nieto. Considéré comme un homme intègre, jouissant du respect de ses pairs et de multiples fois décoré, notamment pour ses actions contre le narcotrafic, l’homme a depuis entrepris une tâche de nettoyage approfondi de l’institution. Son action est non seulement motivé par le scandale de la “Communauté de l’anneau” mais aussi et surtout par les nombreuses accusations portées contre des membres de la police, à tous les niveaux, de collusions avec des groupes criminels narcotrafiquants ou autres. Rien qu’en mai dernier, plus de 2000 policiers avaient déjà été écartés de l’institution et se trouvaient en attente de jugement. Cette purge intense se poursuit actuellement, quoique plus discrètement, comme le prouvent les arrestations régulières et massives de policiers un peu partout dans le pays.

Dans son combat pour épurer l’institution et en redorer le blason, le général Nieto bénéficie de l’élargissement récent des prérogatives de la police pour se séparer d’individus suspects quand auparavant, la justice donnait souvent raison aux policiers écartés et ordonnait leur réintégration, souvent en échanges de pots de vin.

Bien sûr, l’ampleur de la purge et les détails des activités criminelles révélées donnent de la police colombienne une image peu flatteuse a priori. Rappelons cependant qu’elle est en partie victime de la campagne de recrutement massif engagée il y a quelques années, avec pour objectif 10.000 nouveaux policiers par an pour un effectif total actuel de 180.000 membres. Il est évident que la sélection à l’entrée a laissé beaucoup à désirer et que les restrictions budgétaires du pays, qui ont conduit à des retards de paiement, des limitations salariales et autres contraintes financières, ont sûrement encouragé la corruption et les tentations coupables. Toutefois, le travail entrepris par le général Nieto montre une vraie volonté de changer les choses.

Les précédents des années 1990

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Le général Rosso José Serrano

Pour finir, on rappellera enfin que ce n’est pas la première fois que la police colombienne procède à une telle purge interne. Déjà, en 1989-91, lors de la première phase de la guerre contre l’Etat menée par Pablo Escobar, l’institution a connu des centaines de démissions forcées, en particulier au plus haut niveau hiérarchique, même si ces actions n’ont en général pas conduit à des suites judiciaires pour les personnes impliquées.

Quelques années plus tard, de nouvelles purges ont été organisés au moment de la lutte contre le Cartel de Cali, notamment sous la conduite du commandant de l’époque, le général Rosso José Serrano. Bien que parfois critiqué par ses pairs pour son goût certain de l’exposition médiatique, ce dernier a alors largement contribué à redonner à l’institution une image positive ainsi qu’à l’épurer de manière durable.

A sa manière plus discrète, nul doute que le général Nieto entend maintenant obtenir les mêmes résultats.


Source photo : 1, 2, 3

 

 

 

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