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Exercices militaires sur l’Altiplano en 2013

Annonce de la signature d’un accord de coopération militaire entre le ministre de la Défense russe, le général Sergueï Choïgou, et son homologue bolivien, Reymi Ferreira, à l’occasion du “Forum Miiltaro-Technique International” Army 2016 qui se tient actuellement à Moscou. Le contenu de l’accord reste inconnu à l’heure actuelle mais lors d’une conférence de presse, le ministre Ferreira a fait savoir que l’accord prévoyait la formation sur place, en Bolivie, de techniciens, l’envoi potentiel en Russie d’officiers pour y suivre une formation au sein des instituts et académies locales, des transferts de technologie ainsi que la probable acquisition de matériel militaire, notamment de blindés.

Les blindés en Bolivie

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Coup d’état de juillet 1980

En dehors de quelques expériences peu probantes pendant la guerre du Chaco contre le Paraguay (1932-35), l’arme blindée est officiellement née en Bolivie pendant le gouvernement du général Alfredo Ovando Candia (1969-70), avec la création du fameux régiment blindé Tarapacá, stationné sur les hauteurs de La Paz, à El Alto. Acquis par son successeur, le général Juan José Torres González (1970-71), un premier lot de Cadillac Gage M-706 américains, en version V-100 puis V-150, n’est arrivé dans le pays courant 1971 que pour participer au renversement du président à la fin du mois d’août… Sous le long règne de son tombeur, le colonel puis général Hugo Bánzer Suárez (1971-78), la Bolivie a d’abord acquis une vingtaine de M-113 américains, puis une poignée de MOWAG Roland suisses destinés à la police militaire. Sont venus s’y ajouter en 1978 24 EE-09 Cascavel et un nombre égal de EE-11 Urutu brésiliens, ainsi qu’une cinquantaine de chars de combat SK-105 Kürassier autrichiens, acquis soit dit en passant par l’entremise du fugitif nazi Klaus Barbie.

Il va sans dire que pendant toute le reste de l’ère militaire, les blindés, notamment ceux du Tarapacá, ont joué un rôle déterminant pour garantir le maintien au pouvoir des gouvernements du moment ou au contraire participer aux nombreux coups d’état, réussis ou non, qui ont émaillé la période [voir notamment notre article sur la tentative de coup d’état du 4 juin 1974]. Il reste aussi tristement associés au massacre de la Toussaint 1979. Ce rôle de garant du pouvoir en place ne s’est pas démenti par la suite, une fois la démocratie établie en 1982, comme le prouve encore aujourd’hui la disposition des unités blindées dans le pays, clairement réparties de manière à faire face aux menaces internes -conflits sociaux violents inclus- plutôt qu’à d’éventuelles menaces extérieures. L’interprétation peut d’ailleurs s’appliquer à l’ensemble des unités composant les Forces Armées boliviennes, sauf rares exception : le redéploiement ainsi que la création de nouvelles unités par le gouvernement du MAS depuis dix ans n’a d’ailleurs fait que la confirmer.

Les limites

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Evo Morales, président de la République

Bien que modernisée et correctement entretenue, la dotation bolivienne en termes de blindés semble avoir atteint la fin de son cycle de vie. Soucieux de renforcer le potentiel militaire national autant que de se garantir le soutien sans failles des Forces Armées, le gouvernement d’Evo Morales a depuis longtemps entrepris la modernisation et la rénovation des matériels en matière de sécurité intérieure et de défense, faisant connaître son intérêt pour l’acquisition de nouveaux blindés. Toutefois, les contraintes imposées par la conjoncture actuelle et l’état des finances ne devraient pas permettre de combler les attentes de l’armée, en tout cas en ce qui concerne l’acquisition de matériel du dernier cri. Sans trop s’avancer, il est probable que l’on s’oriente vers des choix similaires à ceux effectués il y a peu par le Nicaragua auprès des mêmes Russes. Comme nous l’avions évoqué précédemment sur AMLAT, le gouvernement de Daniel Ortega a ainsi fait l’acquisition de 50 chars de combat T-72 B1 rénovés, ainsi que de véhicules de transport de troupe BTR-70 ou encore de véhicules de transport d’infanterie BMP-1. Au mieux les militaires boliviens devront-ils se contenter de quelques véhicules légers plus modernes.

Pour ce qui est des Russes, le présent accord confirme leur volonté, déjà évoquée à plusieurs reprises sur ce blog, de pénétrer sur le florissant marché latino-américain, empiétant ainsi sur les plates-bandes américaines mais aussi contrant la percée chinoise dans la région, lesquels sont d’ailleurs très présents en Bolivie. Toutefois, il semble que les Russes éprouvent encore des difficultés à dépasser le simple cadre des vieilles alliances comme dans le cas du Nicaragua ou celui des nouvelles affinités d’ordre idéologique si l’on ose dire, certes assez durables pour l’heure mais somme toute fragiles et limitées, comme dans le cas de la Bolivie ou du Venezuela.

Sources photos 1, 2, 3.

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