EPP attaque 27 août 2016
L’attentat du 27 août 2016

En 2008, lorsque la guérilla de l’Armée du Peuple Paraguayen (EPP en espagnol) est apparue, certains ont pensé à une farce. Il faut dire que la consultation de leurs communiqués dont on pourra trouver un exemple ici ressemblait beaucoup à une mauvaise parodie des FARC réalisée par des étudiants peu inspirés avec les moyens du bord. Sauf que depuis, avec plus d’une cinquantaine de victimes au compteur, la dite farce a pris des aspects tragiques et devient de plus en plus préoccupante… Dernière attaque en date, l’attentat commis le 27 août dernier contre un véhicule de la Force Conjointe (FTC) -en charge de la lutte contre l’EPP- et qui a coûté la vie à 8 soldats achevés par les attaquants après avoir été blessés par l’explosion d’un Engin Explosif Improvisé.

L’armée du Peuple Paraguayen

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Communiqué de l’EPP

Huit ans après sa première apparition publique, l’EPP reste un mystère. Officiellement, il s’agit d’une guérilla marxiste dans le plus pur style des mouvements de lutte armée qui ont fleuri dans toute l’Amérique latine pendant la Guerre Froide et dont elle semble avoir adopté le discours, l’organisation et les modes d’actions. Forte au mieux de quelques centaines de membres, l’EPP est active dans les petites villes et villages du département de Concepción, dans l’Est du pays. Elle prétend lutter au nom du peuple paraguayen contre la mainmise de l’oligarchie sur le pays, notamment sur les terres, et contre l’impérialisme yanquí. En dehors d’attaques régulières contre les postes de police ou militaires, cette guérilla se spécialise dans les enlèvements contre rançon et la pratique de l’extorsion à l’encontre des moyens et grands propriétaires terriens de la région. Ces actions lui auraient permis de récolter un butin total d’environ 3 millions de dollars, d’après les autorités paraguayennes. Ces dernières font par ailleurs état de relations entre l’EPP et les FARC colombiennes mais tout ceci reste pour l’heure sans fondement.

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Organigramme supposé de l’EPP

La composition exacte de la guérilla ainsi que son organigramme restent en grande partie méconnus. Cármen Villalba, militante d’extrême-gauche emprisonnée depuis de longues années pour enlèvement, leur sert de porte-parole officieux mais il est difficile d’en dire plus, notamment en ce qui concerne la direction du groupe, laquelle est attribuée à un certain Osvaldo Villalba sur lequel on ne sait presque rien. La facilité avec laquelle ils agissent dans l’Est du pays, région immense, désertique et difficile d’accès, fait toutefois penser qu’ils en sont originaires et/ou y bénéficient de certains soutiens.

La réaction des autorités

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Membres de la FTC

Longtemps négligée par les autorités, l’EPP fait en théorie l’objet, depuis l’élection du président Horacio Cartes en 2013, d’un traitement plus actif de la part d’Asunción. Celui-ci s’est matérialisé cette même par la création de la FTC, regroupant policiers, militaires et agents de la force anti-drogues locale, point sur lequel nous reviendrons. Toutefois, l’état de délabrement des forces de sécurité paraguayennes, le manque de volonté, de moyens et certains errements de tous ordres en limitent fortement l’action. A cela, il faut bien sûr ajouter le caractère groupusculaire et clandestin de l’EPP qui rend d’autant plus difficile toute action d’envergure à leur encontre. Cependant, on notera que les autorités ont tout de même marqué des points lors des dernières années, notamment à travers l’élimination régulière de certains membres de la guérilla.

De plus, l’attentat du 27 août et d’autres actions récentes semblent démontrer que l’EPP a été petit à petit repoussé hors des petits centres urbains de la région, se voyant maintenant contraint à soutenir une guérilla d’ordre plus rural. Ceci risque de poser des difficultés particulières aux Forces de l’ordre mais aussi aux guérilleros, vus les conditions extrêmement difficiles qui s’imposent dans la zone.

Questions et doutes

Comme on l’a dit, le mystère de l’EPP reste entier. A priori, on pourrait penser à une sorte de secte d’exaltés mystico-marxistes comme l’Amérique latine a pu en connaître auparavant, dont les méthodes et objectifs à court terme semblent cependant plus proches du banditisme que de la lutte armée proprement dite. Toutefois, on peut légitimement s’interroger sur l’existence d’éventuels intérêts cachés et de commanditaires tapis dans l’ombre et pourquoi pas liés au narcotrafic qui comme on le sait, s’est franchement développé au Paraguay lors des dernières décennies. Dans cette perspective, l’EPP serait, sciemment ou non, chargée de débarrasser la zone de la maigre présence étatique et policière pour avoir les coudées franches afin de se dédier à des activités lucratives ayant besoin de discrétion…

Sources photos 1, 2, 3, 4

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