Publié le 15 juin 2016

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Un vote contre Keiko Fujimori

Victoire officiellement confirmée, d’un cheveu, mais victoire quand même pour Pedro Pablo Kuczynski dit PPK, lors du second tour des élections présidentielles. Pour la seconde fois consécutive, Keiko Fujimori échoue donc à prendre la tête du pays, alors qu’elle partait a priori largement favorite. En cause, le bilan très discuté de son père, sur lequel elle se réserve un droit d’inventaire et qui divise les Péruviens entre ceux qui se souviennent du caractère autoritaire et notoirement corrompu du régime et ceux qui gardent en mémoire l’écrasement du fléau que constituait le Sentier Lumineux et la stabilisation d’un Etat autrefois à la dérive. Plutôt qu’une adhésion à Pedro Pablo Kuczynski et à son programme, la campagne du second tour a en fait vu apparaître un large front anti-fujimoriste, allant de la droite la plus conservatrice à l’extrême gauche et décidé à empêcher coûte que coûte la fille de l’ancien président d’arriver au pouvoir. Comme l’ensemble des observateurs l’ont souligné, au Pérou comme dans les grands médias étrangers qui l’ont globalement appuyé, le futur président PPK s’inscrit dans la droite ligne de ces candidats alignés sur les milieux d’affaires et les Etats-Unis, si fréquents en Amérique Latine.

PPK, banquier et homme d’affaires

Le parcours de cet économiste de 78 ans est d’ailleurs sans équivoque. Formé en Suisse, en Angleterre (Oxford) puis aux Etats-Unis, notamment à Princeton, il est revenu au Pérou en 1966 pour devenir conseiller économique de la Présidence du moment avant de prendre la tête de la Banque Centrale. En octobre 1968, il s’est cependant retrouvé dans le collimateur des autorités après le coup d’Etat du général Juan Velasco Alvarado,. L’histoire vaut le détour : en effet, l’une des premières mesures de Velasco a été de nationaliser les biens dans le pays de la compagnie pétrolière américaine IPC, dont l’on venait de confirmer les pratiques frauduleuses, à travers lesquelles, depuis son installation au Pérou dans les années 1920, elle avait systématiquement réussi à contourner le fisc, détournant une somme estimée à plus de 700 millions de dollars de l’époque. Or, fin 1968, juste avant que les avoirs de l’entreprise ne soient saisis, PPK a usé de sa position à la Banque Centrale pour faire virer à l’entreprise quelques 17 millions de dollars de l’époque, (plus de 100 millions actuels). Ceci a bien sûr valu à PPK un exil précipité.

L’ami des Etats-Unis

L’exil n’a cependant pas été trop dur lui. Trouvant naturellement refuge aux Etats-Unis, PPK a pendant la décennie suivante fait fortune à Wall Street, tout en travaillant pour la Banque Mondiale. En 1980, il a finalement pu rentrer au pays. Depuis, il a exercé à plusieurs reprises des fonctions officielles, notamment celle de ministre de l’économie. Son nom reste associé à des lois très favorables aux investissements américains ou à des privatisations dans des conditions contestables : largement critiquées, pour leur contenu comme pour les conflits d’intérêts qu’elles supposaient et les bénéfices personnels qu’il en aurait tiré, ces décisions ont parfois été annulées et ont conduit,par exemple en 2002, à sa mise à l’écart. Sa relation étroite avec les Etats-Unis, objet de nombreuses critiques, a aussi pris un tour plus personnel lorsque pendant la campagne de 2011, d’autres candidats ont signalé qu’il possédait la double-nationalité, péruvienne et américaine. Bien que PPK ait lancé la démarche d’abandon de cette dernière, en se rendant à l’ambassade US devant les caméras de télévision, il a entre temps été confirmé qu’il avait par la suite renoncé à le faire.

Pour Washington, c’est en tout cas un homme de confiance qui est sur le point de gouverner le Pérou. La question est maintenant de savoir dans quelles conditions pourra-t-il le faire. En effet, si Keiko a perdu la présidentielle, son parti a par contre remporté la majorité absolue des sièges au Congrès. Il faudra donc faire avec.

Des questions pour le futur du Pérou

A première vue, les programmes des deux candidats ne présentent pas de différences notables, tous deux classés à droite. Élevée dans la pourpre, éduquée elle aussi aux Etats-Unis, Keiko Fujimori représente toutefois une composante nettement plus populaire de la droite péruvienne, populiste diront certains, alors PPK en est comme on le sait une expression bien plus oligarchique et libérale. Des conflits auront lieu assurément, mais des accords pourraient être trouvés, surtout que Keiko a promis une “opposition constructive”, comme cela a été le cas lors de la législature précédente.

Pour la gauche péruvienne, qui a bien contribué à la victoire sur le fil de PPK, l’avenir risque toutefois d’être amer.

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