Publié le 15 juin 2016

Armas decomisadas

Des armes perdues ?

Publication d’un article d’InsightCrime à propos de la disparition de près de 13.000 armes des stocks des diverses agences de sécurité mexicaines, pendant les dix dernières années, sachant que par disparition, on entend bien évidemment le vol ou la revente par les agents, bien sûr au profit d’Organisations Criminelles (OC). Malheureusement, l’étude ne spécifie pas ce qu’elle entend par “agences de sécurité”, terme mal défini, et ne semble pas prendre en compte d’autres institutions telles que l’armée, où ces pratiques sont aussi courantes.

Le marché des armes américaines

Pour l’auteur de l’article, ceci démontrerait en tout cas que les Organisations Criminelles mexicaines ne se fournissent pas exclusivement, comme on l’affirme parfois, auprès de revendeurs américains et qu’ils feraient preuve maintenant preuve de diversification. Le premier point est évident, même s’il est certain que les vendeurs d’armes du Sud des Etats-Unis restent de loin la source majoritaire d’armes au profit des groupes armés de l’autre côté de la frontière. La question d’une nouveauté de la diversification est par contre plus contestable. Ce n’est pas nouveau, les OC mexicaines font feu de tout bois. A ce titre, pour l’anecdote si j’ose dire, on rappellera trois sources majeures d’approvisionnement des Cartels et autres groupes armés qui ravagent le Mexique au quotidien.

Les stocks d’Amérique Centrale

La première à signaler concerne les stocks d’armes des guerres civiles de l’Amérique centrale, celles des années 1980-90, notamment au Guatemala. Ces stocks, on le sait, ont et sont encore une source importante d’approvisionnement, même si pas de première jeunesse.

Fast and Furious, opération fiasco

La seconde, plus originale, concerne à nouveau les Etats-Unis : entre 2006 et 2011, le bureau pour l’Alcool, le Tabac, les Armes à feu et les Explosifs, fameuse agence américaine connue sous l’acronyme ATF, a autorisé l’envoi illégal en soi de plusieurs milliers d’armes au Mexique, par l’intermédiaire de revendeurs complices ou suspectés, ceci afin de repérer les filières d’approvisionnement des Cartels. L’opération la plus connue à ce titre reste Fast and Furious, mais d’autres ont été organisées. Le problème est que les agents américains ont vite perdu la trace de l’essentiel de ces armes… On aurait sûrement jamais entendu parler de ces fiascos répétés si l’une des armes n’avait pas été identifiée comme étant celle ayant été utilisée pour assassiner un agents des Douanes américaines. Une enquête aux Etats-Unis a fait grand bruit mais on ne connaît pas encore tous les détails de l’affaire. Ce sont en tout cas plusieurs milliers d’armes qui sont parties directement équiper les groupes armés mexicains et pas de moindres puisqu’il s’agissait notamment d’AR15, d’AK47 dans toutes leurs variantes ou encore de Barrett M82 de calibre .50…

L’approvisionnement légal ou presque

Enfin, dernier cas, celui des exportations illégales organisées par la respectable firme allemande HK, entre 2003 et 2006, vers des Etats mexicains, tel que le Jalisco, le Guerrero ou le Chihuahua où de telles exportations sont pourtant interdites. Pour l’essentiel, il s’agissait de fusils d’assaut HK G36, à hauteur de près de 5000 exemplaires, qui ont bien sûr terminé entre de mauvaises mains, comme le prouvent un certain nombre de saisies effectuées entre temps, notamment en 2014 après la tristement fameuse disparition de 43 normaliens d’Iguala-Ayotzinapa dans le Guerrero justement.

Le recrutement de membres des Forces Spéciales

Pour finir, on rappellera par ailleurs que le problème ne concerne pas seulement les armes. Avec l’exemple initié par les Zetas dès la fin des années 1990, on sait aussi que ce sont des officiers et soldats engagés qui passent régulièrement au service des OC. La plupart proviennent des meilleures unités de l’armée mexicaine, en général des Forces Spéciales, et ont dûment reçu la formation, au Mexique ou dans des centres d’instruction à l’étranger, pour se servir au mieux de l’armement moderne qui leur est confié et que souvent, ils emmènent avec eux en faisant défection.

Il faudrait y ajouter pas mal de membres des Forces Spéciales guatémaltèques, les Kaibiles, dont la présence au Mexique est bien renseignée, ainsi que de vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan, même si ce dernier point reste contesté et sûrement plus anecdotique.

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