Publié le 20 mai 2016

La Cour Suprême chilienne demande aux Etats-Unis l’extradition de trois ex-agents de la DINA, police politique du régime Pinochet, dans le cadre de l’enquête pour l’enlèvement, la torture et l’assassinat en 1976 de Carmelo Soria, diplomate espagnol et membre de la CEPAL. Parmi les personnes demandées en extradition, un nom retient l’attention, celui de l’américain Michael Townley.

L’agent américain Michael Townley

Né en 1942, fils du représentant de la compagnie Ford au Chili, Townley a passé sa jeunesse à Santiago avant de partir vivre à Miami. C’est là qu’il a pris contact avec la CIA, par l’intermédiaire d’un ami de son père, le fameux David Atlee Philipps. Chapeauté par ce dernier, il est reparti s’installer au Chili quelques temps avant l’accession au pouvoir de Salvador Allende, en 1970. Cete même année, Townley a participé à la fondation du groupuscule d’extrême droite Patria y Libertad, chargé de déstabiliser le nouveau gouvernement. Dès la fin 1970, le groupe s’est fait connaître au travers de l’assassinat du général René Schneider, commandant en chef de l’armée, opération pour laquelle Townley a fourni des armes reçues de la CIA, comme cela a été officiellement confirmé il y a quelques années.

L’opération Condor

Après le renversement d’Allende en 1973, Townley s’est naturellement retrouvé à travailler avec la DINA, police politique fondée par le colonel Manuel Contreras pour défendre le régime Pinochet. Au cours de 1974, il a ainsi participé à la mise en place du système de répression coordonné entre les dictatures de la région, connu sous le nom de Condor. Townley a notamment contribué à la mise en place de la phase III, responsable de l’assassinat en dehors des limites du Cône Sud d’opposants aux régimes militaires membres de l’opération. L’une des premières opérations dans laquelle il s’est trouvé impliqué a été l’assassinat en Argentine du général Carlos Prats, ancien commandant en chef de l’armée sous Allende.

Townley a aussi joué un grand rôle dans l’établissement de contacts et l’organisation d’opérations en collaboration avec les services espagnols de la fin du Franquisme et les mouvements d’extrême droite italiens, qui ont appuyé les opérations de Condor en Europe et ailleurs. Bien qu’officiellement retiré de la CIA, Townley a par ailleurs recruté une équipe de Cubains anti-castristes tristement célèbres, parmi lesquels Luis Posada Carriles. Ces derniers ont mené de 1976 à 1978 une série d’attentats contre les représentants du régime castriste et ses intérêts, le plus connu étant probablement l’attentat à la bombe organisé contre un avion de Cubana Airlines en 1976.

L’affaire Letelier

Cette même année, Townley et son équipe ont cependant fait un pas de trop. En effet, en septembre 1976, ils ont assassiné à travers un attentat à la voiture piégée, Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende. Le crime n’avait en soi rien de différent des autres. Cependant, l’attentat a été commis à Washington même, et a coûté la vie à une citoyenne américaine, la secrétaire de Letelier, ce qui a provoqué le courroux des Américains. Le scandale qui a suivi a alors conduit à une mise en veilleuse des activités de la DINA à l’étranger ainsi qu’à une réorganisation de celle-ci. Pressé par l’opinion, le gouvernement américain a par ailleurs demandé l’extradition de Townley, réfugié entre temps à Santiago. Celle-ci a finalement été accordée en 1978, après moult tractations. Une fois sur place, celui-ci a livré à la Justice américaine les noms des exécutants cubains de l’attentat. Alors que ces derniers recevaient une peine de prison mineure, Townley est entré dans le programme de protection des témoins, régime sous lequel il se trouve encore aujourd’hui.

A ce titre, même si l’homme a fait quelques réapparitions dans les médias entre temps, il semble très difficile de concevoir que les Etats-Unis soient disposés à le livrer à la Justice chilienne qui le réclame actuellement.

L’information concernant la demande d’extradition sur Nodal.am.

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