Publié le 13 mai 2016

Michel-Temer

L’ancien allié de Dilma Rousseff

C’est fait ! Après le vote majoritaire du Sénat qui a confirmé ce jeudi celui de la Chambre des Députés, Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions, cédant la direction du Brésil à celui qui a été son vice-président depuis 2010, Michel Temer 75 ans, membre du PMDB, ancien allié du PT passé récemment à l’opposition.

Le Sénat dispose maintenant 180 jours pour se prononcer ou non sur l’impeachment de Rousseff, accusée rappelons-le de maquillages des comptes en vue des élections de 2014, pratique courante mais néanmoins illégale.

Pour ce qui est de Temer, il vaut reconnaître qu’il a agi très habilement : sous sa direction, le PMDB a appuyé le PT durant ses 12 années de règne, profitant de la manne du pouvoir et négociant chèrement sa place, avant de rompre au bon moment, pour mener la charge contre Dilma Rousseff et renverser celle-ci.

Des doutes sur l’avenir

Reste maintenant à savoir s’il pourra gouverner. Bien sûr, il est certain que PMDB est un pilier de la vie politique brésilienne, puisqu’il a participé de tous les gouvernements depuis le retour à la démocratie en 1985. D’orientation nettement libérale, mais sans idéologie ni programme précis, il dispose d’une quantité d’élus importante, à tout niveau, fédéral comme local, et de soutiens influents, notamment chez les classes dirigeantes. Ce n’est pourtant pas suffisant pour lui assurer une majorité et il devra lui-même composer avec les autres partis, s’il prétend gouverner à sa guise.

De plus, la négation dans des conditions contestables du vote de 2014, ainsi que de l’attachement des couches populaires aux conquêtes sociales de la décennie antérieure -que Temer entend remettre en cause-, pourraient lui poser des problèmes. Nul doute par ailleurs que le PT pourrait appliquer contre son ancien allié les mêmes méthodes que celles employées contre lui par le PMDB et l’opposition en général pour le chasser du pouvoir, à grands renforts de manifestations, blocages au Congrès, etc. Certes, Rousseff, Lula et le PT ressortent très affaiblis par la crise économique qui frappe le pays, ainsi que par les multiples scandales de corruption ayant émaillé leur gestion. L’oligarchie traditionnelle, les médias ou encore des puissances étrangères comme les Etats-Unis devraient s’investir pour soutenir le nouveau pouvoir, de la même manière qu’il l’ont fait pour faire tomber le PT. Mais il ne faudrait pas pour autant enterrer ce dernier trop vite et ces soutiens, aussi puissants soient-ils, ne constituent des chèques en blanc pour le PMDB. Après tout, il existe d’autres options dans le classe politique brésilienne , qui pourraient bénéficier des mêmes appuis.

Enfin, l’avenir légal de Michel Temer n’est pas assuré : entre autres affaires le concernant et actuellement traitées par la Justice, on lui reproche des millions déposés en Suisse et apparemment liés au scandale Petrobras qui, ironie du sort, a été à l’origine de la déposition de Dilma Rousseff. Déjà, il y a deux semaines, son compagnon de parti et président de l’Assemblée Nationale, Eduardo Cunha, a dû démissionner pour faire face à la Justice. Temer s’est ainsi débarrassé d’un rival tout aussi ambitieux que lui mais pourrait à la longue subir le même sort…

Des détails concernant Temer sur Le Figaro.

Source Photo

Advertisements