Publié le 25 juillet 2016

Une prison sous contrôle des détenus

Une prison contrôlée par ses détenus, cela n’a malheureusement rien d’extraordinaire en Amérique latine. Cependant, depuis plus mois, le cas de la prison de Piedras Negras, dans l’Etat de Coahuila, frontalier du Texas, fait scandale. Et pour cause : pendant au moins 3 ans de 2009 à 2012, les Zetas fait du lieu une de leurs bases dans cet état stratégique pour le narcotrafic. Les prisonniers y entraient et sortaient selon leur bon vouloir, les actions du groupe armé y étaient organisées, on y produisait faux uniformes de la police et de l’armée, gilets pare-balles et autres matériels du même ordre.

Un centre de séquestration, de torture et d’exécution

En théorie, la prison était réservée aux membres des Zetas et organisations alliées. Mais les victimes d’enlèvement contre rançon ainsi que les rivaux y étaient aussi conduits : sur place, ils étaient torturés, décapités, démembrés, le tout comme d’habitude, sous les caméras. Leurs corps étaient ensuite jetés dans des hauts-fourneaux ou passés à l’acide. Plus de 150 personnes y auraient été assassinées, le cas le plus terrible étant celui d’une petite famille, massacrée sous les yeux de ses proches. En septembre 2012, alors que les autorités commençaient enfin à s’intéresser à l’endroit, une évasion massive, une sortie sans retour en réalité, de 132 détenus avait défrayé la chronique, conduisant à la fermeture postérieure du centre de détention…

Des protections politiques ?

Concernant d’éventuelles protections officielles, la presse n’a pas manqué de souligner la possible implication d’Humberto Moreira, l’ex-gouverneur du Coahuila, membre éminent du PRI dont il a été le chef quelques mois et proche de l’actuel président de la République. Considéré comme notoirement corrompu, ayant littéralement vidé les caisses d’un Etat qui reste ruiné à l’heure actuelle, il a récemment été capturé pour blanchiment en Espagne où il avait trouvé refuge . Des pressions officielles ont cependant permis de le libérer, mais sa situation légale reste compliquée, tant en Espagne qu’aux Etats-Unis où des procès contre lui restent en cours. Si son rôle éventuel dans l’affaire de Piedras Negras n’a pas été établi, et que celui-ci clame haut et fort son innocence, le fait est que lors des procès en cours, de nombreux témoignages l’ont accusé de liens étroits avec les Zetas. Affaire à suivre donc…

Plus de détails dans El País.

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